Harcèlement

Le harcèlement est un enchaînement d’agissements hostiles répétés visant à affaiblir psychologiquement la personne qui en est la victime.

Ce type de comportement peut être habituel et impliquer le statut social et physique.

Il peut s’agir de harcèlement moral, comme des insultes ou des menaces, ou d’agressions physiques chez un ou plusieurs individus parfois discriminés sous prétexte de leur couleur de peau, religion, genre, orientation sexuelle ou autres différences comme les capacités physiques ou mentales2[source insuffisante],3.

Lorsque le harcèlement est effectué par un groupe, les anglophones utilisent le terme de mobbing.

Dans certains cas extrêmes, le harcèlement peut amener celui qui en est la victime au suicide.

Définitions

Selon la Commission canadienne des droits de la personne, le harcèlement est une forme de discrimination physique ou verbale qui tend à durer dans le temps et qui a pour effet de choquer ou humilier4. Toutefois, les incidents ponctuels graves peuvent être considérés comme du harcèlement4.

Étymologie

Étymologiquement, Ariane Bilheran précise que le terme relève du lexique agricole et militaire.

Harceler provient de « herseler » en ancien français, terme diminutif de « herser » signifiant « tourmenter, malmener » (fin XIIeXVe siècle ds T.-L. et Gdf), comme la herse tourmente et malmène la terre. « La herse était un outil muni de piques courtes et proches les unes des autres pour travailler la terre en surface en vue d’un semis (il s’agit d’enlever tout ce qui peut gêner la terre ensemencée en nivelant le sol et brisant les mottes qui dépassent) ». Puis le mot devient harceler « soumettre sans répit à de petites attaques » (N. Perrot d’Ablancourt ds Rich. 1680)[réf. nécessaire].

Sur le plan militaire, Ariane Bilheran précise « la herse est une grille en fer coulissante, armée de pointes à sa partie inférieure, que l’on abaisse pour interdire l’accès à un château-fort. « Herseler » c’est ainsi, pour les ennemis, soumettre la herse à des assauts réitérés, […] assiéger constamment, sans laisser de répit. »5

Le mot « harcèlement » a été emprunté au vocabulaire de l’éthologie[réf. nécessaire]. C’est le comportement de « petits » animaux visant à faire fuir un « gros » prédateur par des attaques répétitives[réf. nécessaire]. Ce sont les hirondelles de rocher qui, en vol, se placent au-dessus du faucon pèlerin pour lui donner des coups de bec ; ce sont les mouettes tridactyles qui attaquent le pygargue à queue blanche, lorsque ce dernier, qui vient juste d’attraper un poisson dans ses serres, essaie de reprendre les airs ; ce sont aussi les troglodytes mignons qui élisent domicile juste au-dessus du nid de l’aigle royal et lui infligent des coups de bec lors de leurs passages. Si chez la majorité des animaux le harcèlement est l’attitude du « petit » qui attaque de manière répétitive le « gros », chez les humains, c’est bien souvent, mais pas toujours, le « dominant » qui agresse le « dominé »[réf. nécessaire].

Types

Harcèlement scolaire

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Le mobbing

Des phénomènes analogues avaient déjà été décrits quelques années auparavant par le psychologue suédois Heinz Leymann, dans son livre Mobbing (1993). De la même façon qu’en France avec le travail de Marie-France Hirigoyen, cette publication a débouché sur une mobilisation médiatique et sur une loi spécifique. De nombreuses recherches dans les pays scandinaves et en Allemagne portent sur ce concept de mobbing.

Heinz Leymann, soucieux d’une définition opérationnelle du concept, liste une quarantaine de comportements d’agression qui, s’ils sont répétés au moins une fois par semaine pendant une durée de six mois, constituent un mobbing. Cette définition, si elle se veut plus détaillée que celle de Marie-France Hirigoyen, exclut cependant certains comportements (par exemple moins fréquents, ou sur une durée inférieure à six mois) qui peuvent être aussi destructeurs. Une autre différence entre mobbing et harcèlement moral porte sur le rapport entre harcèlement et conflit. Il introduit ce terme en 1996 dans son ouvrage Mobbing : la persécution au travail.

Pour Heinz Leymann, le mobbing est un conflit qui dégénère, alors que pour Marie-France Hirigoyen le harcèlement moral découle précisément de l’impossibilité qu’ont les intervenants d’assumer un conflit ouvert, psychologiquement moins néfaste. À la différence d’autres types de violence au travail, le harcèlement psychologique n’est donc pas ponctuel. Il s’agit d’un processus dynamique constitué de différents types d’agissements qui se développent dans le temps. Lorsque l’on analyse chaque acte séparément, on risque de banaliser cette forme sournoise de violence, car chaque acte peut sembler inoffensif.

Cependant, pour analyser le harcèlement psychologique au travail, il est nécessaire d’utiliser deux méthodes de mesure :

  • La première (indirecte) considère la durée et la fréquence des agissements.
  • La deuxième (directe) est faite à partir d’une définition du harcèlement psychologique suivie de questions qui visent à établir le type de lien existant entre les répondants et le harcèlement psychologique au travail.

Il n’existe pas de profil type de harcelé6.

Bruno Lefebvre, psychologue clinicien, a pu distinguer trois types de harceleurs « en dehors du pervers narcissique : celui qui est « accro au travail » et qui du coup en demande trop aux autres, le manager absent qui laisse dégénérer et ne soutient pas ses équipes et le « manager télécommandé » qui rejette sur d’autres la pression qu’il subit7,8. »

Ariane Bilheran insiste sur l’importance de ne pas réduire le harceleur à un pervers narcissique car, sur le plan psychopathologique, il peut tout aussi bien s’agir d’une organisation psychique sur un mode borderline ou paranoïaque. La paranoïa, en tant que pathologie également politique, est pour elle l’apogée du harcèlement, sa maîtrise absolue9.

Harcèlement sexuel

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Milieu familial

Le harcèlement parental, quant à lui, est d’autant plus destructeur psychologiquement pour l’enfant (victime) car les repères qu’il a pour se construire sont ses parents. Il arrive que lors d’un conflit un parent lance un harcèlement en réseau, dans le but de nuire. La violence perverse dans le couple est souvent niée ou banalisée, réduite à une simple relation de domination. Une simplification psychanalytique consiste à rendre le partenaire complice ou même responsable de l’échange pervers. C’est nier la dimension d’emprise qui paralyse la victime et l’empêche de se défendre, c’est nier la violence des attaques et la gravité du retentissement psychologique du harcèlement sur la victime. Les agressions sont subtiles, il n’y a pas de traces tangibles et les témoins tendent à interpréter comme de simples relations conflictuelles ou passionnelles entre deux personnes caractérielles ce qui est une tentative violente de destruction morale et même physique de l’autre, parfois réussie10.

Harcèlement au travail

Le harcèlement au travail est une conduite vexatoire qui se manifeste par des comportements, des paroles ou des gestes répétés qui sont hostiles ou non désirés, portent atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique de la personne salariée ou rendent le milieu de travail néfaste11.

Ariane Bilheran indique que le harcèlement au travail est le produit d’organisations du travail pathogènes, soit trop laxistes (absence de politique disciplinaire, etc.) soit trop autoritaires. Dans tous les cas, les individus se sentent souvent impunis12.

Certaines associations d’aides aux victimes de harcèlement[Qui ?] préfèrent utiliser le terme de violence morale, pour insister sur l’aspect destructeur de ces actes13 pouvant amener à des actes de suicide14.

Cyberharcèlement

 Article détaillé : Cyberharcèlement.

Le cyberharcèlement est relatif au harcèlement qui a lieu sur les réseaux ou plateformes électroniques. Il fait aussi référence aux pratiques commerciales non sollicitées (tel le spam) et liées en particulier aux traces numériques des personnes15 et leur exploitation pour le ciblage comportemental.

De même, il est devenu monnaie courante sur certains réseaux que des fans harcèlent une personne en particulier avec l’envoi de multiples messages, pervers, ou simplement pour forcer un contact. Pour pallier ce phénomène, les réseaux sociaux proposent de bloquer la personne pour permettre aux internautes de ne pas se sentir harcelés ou de signaler le blog mis en question. L’insistance à créer un contact, quand l’autre le refuse, est une atteinte à la liberté. Des messages répétés et insistants peuvent être une forme de harcèlement.

Harcèlement et autorité

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Ariane Bilheran relie directement l’accroissement du harcèlement à la perte d’autorité dans nos sociétés modernes. Ainsi, le harcèlement témoignerait d’un exercice injuste et arbitraire du pouvoir, quand l’autorité vient légitimer le pouvoir parce qu’elle est reconnue par ceux à qui elle s’adresse. Le harcèlement vise la mise sous dépendance, tandis que l’autorité vise à autonomiser celui qui la reçoit16,17.

Ariane Bilheran a réétudié le harcèlement comme un phénomène de groupe plus qu’interindividuel. Elle le définit ainsi : « Le harcèlement est le terme générique qui englobe les autres espèces de harcèlement (physique, sexuel, moral) ». Il « vise la destruction progressive d’un individu ou d’un groupe par un autre individu ou un groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force de l’individu quelque chose contre son gré et, ce faisant, à susciter et entretenir chez l’individu un état de terreur. » (A. Bilheran, Le harcèlement moral, Paris, Armand Colin, 2006, p. 7). Elle définit également le harcèlement comme abus de pouvoir (pouvoir injuste) là où l’autorité est le pouvoir juste, légitime. Donc le harcèlement existe à proportion inverse de l’autorité : « l’autorité construit là où le harcèlement détruit. L’autorité légitime le pouvoir là où le harcèlement dévoile son illégitimité » (A. Bilheran, L’autorité, Paris, Armand Colin, 2009).

Psychanalyse

La psychanalyste Marie-France Hirigoyen définit le harcèlement moral comme une « conduite abusive qui se manifeste notamment par des comportements, des paroles, des gestes, des actes, des écrits pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique d’une personne ».

Ariane Bilheran, docteur en psychopathologie, spécialiste du sujet et auteur de nombreux ouvrages sur le harcèlement, le définit ainsi :

« Le harcèlement vise la destruction progressive d’un individu ou d’un groupe par un autre individu ou un groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force de l’individu quelque chose contre son gré et, ce faisant, à susciter et entretenir chez l’individu un état de terreur30. »

Elle extrait les critères de durée, de répétition, de terreur : l’objectif du harcèlement d’après elle étant de « soumettre » ou de « démettre », ses modes d’action et ses effets relevant de la torture mentale31.

La psychanalyste Marie-France Hirigoyen définit la violence psychologique comme étant constituée de paroles ou de gestes qui ont pour but de déstabiliser ou de blesser l’autre mais aussi de le soumettre, de le contrôler de façon à garder une position de supériorité.

Pour Ariane Bilheran, docteur en psychopathologie, le harcèlement, même sexuel ou physique (torture), est toujours de nature psychologique. Tout harcèlement, qu’il soit physique, sexuel ou moral, vise la destruction psychologique de l’individu. S’agissant du « harcèlement moral », il n’est « que » moral (« moral » en opposition au corps, et non « moral » au sens de « mœurs »), c’est-à-dire qu’il n’agit que sur le psychisme de l’individu, en excluant des passages à l’acte physique ou sexuel. De cette façon, le harcèlement moral est moins visible, plus insidieux. Ariane Bilheran en fait même le propre d’une société moderne d’apparence démocratique, car l’explosion du harcèlement moral signifie aussi que l’on ne peut plus harceler physiquement et sexuellement en toute impunité.

Il s’agit de soumettre l’individu à des attaques fréquentes et réitérées qui visent à le conduire à l’autodestruction32.

Dans tous les cas, politiquement, le harcèlement moral serait une survivance de type totalitaire, qui entend contrôler les êtres et avoir une mainmise sur eux5.

Ariane Bilheran souligne les liens très nets entre harcèlement et psychopathologie du traumatisme, ce qui a des implications très spécifiques en termes de prise en charge thérapeutique, et exclut d’emblée le recours à la « médiation » lorsqu’il s’agit d’un « vrai » harcèlement9.

Le harcèlement n’a en effet rien à voir avec un conflit : le conflit est symétrique, tandis que le harcèlement est asymétrique et suppose la mainmise d’un individu ou d’un groupe sur autrui : « Le conflit repose sur une relation symétrique, même si l’on ne s’entend pas, on reste sur une certaine égalité relationnelle, où chacune des parties veut faire entendre et respecter ses besoins et ses valeurs. Le pouvoir circule entre elles. Mais, quand il ne circule pas, quand la relation agit sur un mode inégalitaire où l’un vise la destruction de l’autre, alors nous pouvons parler de harcèlement. » (Ariane Bilheran)33


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